Petits instants, Petites lectures

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Pour être heureux, vivons cachés... de nous-mêmes ?

‹‹ On la connaît, la capacité de l’humain à fuir pour ne pas « affronter ». Elle est plutôt simple à comprendre lorsqu’elle est physique, quand on voit les gens s’enfoncer dans la drogue, l’alcool, les excès. C’est clair, limpide. On juge parfois, en se disant que c’est une solution de facilité, qu’il y a des moyens de s’en sortir, que c’est un manque de volonté. Mais finalement, est-ce que l’on fait mieux ?

      Parce qu’il y a une autre façon de fuir, tout aussi destructrice dont on est peut-être la proie : cadenasser. Mettre entre parenthèses ses démons en espérant qu’ils resteront silencieux toute notre vie. On se fait berner, par nous-mêmes et notre inconscient, qui a mis sous verrous ce qui menaçait notre équilibre psychique : trop de souffrance, d’incompréhension. Mis à l’ombre.

     Mais est-ce qu’on est dupe à ce point ? On pense s’en être tiré, avoir « survécu » à une épreuve. On a même trouvé ça plutôt facile. Mais, si on est honnête avec nous-mêmes… on entend parfois les grognements sourds tout au fond de cet animal en cage, que l’on essaie de tuer par l’oublie. « Non, cette souffrance n’est pas la mienne, elle n’a pas lieu d’être, ma vie va bien, je vais bien ».  

     On essaie d’étouffer la bête, la douleur, en espérant que le temps aura raison d’elle. Pourtant, elle ne pourra mourir que le jour où on acceptera de poser notre regard, en pleine conscience sur elle. Se regarder en face, prendre la pleine mesure de cette souffrance qui sommeille et demande à être apprivoisée. Après, seulement, elle deviendra inoffensive. Sinon, la douleur ce n’est qu’une bête qui nous ronge de l’intérieur, attendant patiemment son heure.

     On croit toujours qu’on a fait le boulot et que tout va bien, qu’on gère. Je le croyais. Vraiment. Même si je savais au fond que ça allait finir par péter, et que c’était nécessaire pour aller de l’avant, j’espérais être à l’abri de cette confrontation. Et je ne me doutais pas de l’importance de cette explosion.

     Il a fallu un nouvel évènement perturbateur, un déclencheur… suivi d’un nouveau déni, encore, des efforts importants pour maintenir la bête en cage. D’abord, je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. D’où ça venait ce remue-ménage intérieur. Pourquoi maintenant ? Difficile de corréler les différents évènements sur le coup.

     On a juste l’impression que ça n’a rien a faire « ici, maintenant ». J’ai refusé en bloc. « Je ne suis pas comme ça, dépressif avec des excès de violence, ma vie est belle j’ai tout pour sourire. » J’ai lutté, parce que c’est ce qu’on nous a appris : contenir ses émotions, être stable, lisse, constant. Ne rien laisser déborder. Mais ça n’a fait qu’amplifier un phénomène qui était maintenant hors de mon contrôle.

     La bête était maintenant libre. Lentement d’abord, puis de plus en plus violemment, les émotions jusque-là étouffées ont déferlé comme une vague destructrice. La lame de fond… après des années. Des émotions ingérées, ingérables, d’une intensité rare et brutale. À la moindre contrariété, même banale, c’était un enfer, un torrent de larmes, des coups de couteau dans la poitrine, une souffrance sans borne, comme un brasier, et cette incompréhension totale de ce débordement. 

     Dans ces moments là, on finit parfois par en parler. C’est certainement mieux, surtout quand on a des oreilles attentives et avisées à notre écoute. On m’a dit « arrête de lutter », « accepte », « laisse aller ». C’est le passé qui remonte, les sentiments enfouis. Et si c’est maintenant que ça doit se passer, alors c’est que ton psychisme te croit assez fort.

     J’avais envie de rire, car sérieusement, moi je voulais juste que ça cesse et je n’avais tellement pas de solution, que j’imaginais seulement les plus radicales. Pourtant, j’ai fini par entendre raison. Je me suis penché sur mon nombril, là où tout était sombre, et j’ai regardé la bête en face. Je l’ai questionné : « d’où tu viens ? »

     Avec les heures, les jours, j’ai découvert toutes ses facettes. Les détresses infantiles, l’adolescence bordélique, les souvenirs douloureux auxquels je refusais d’accorder de l’importance. Et ce jour où j’ai fermé la cage sur ma souffrance, ma tristesse pour aller de l’avant. C’était il y a dix ans.

      Et maintenant ? Ça passera. C’est une sorte de « purge ». Quand tout sera sorti, vu et accepté, alors le calme pourra revenir et ma vie prendre un nouveau tournant. Un tournant que j’attendais depuis longtemps, ce déclic que j’imaginais… tout sauf comme ça.

     Je serais enfin en phase avec « aujourd’hui » et non figé, retenu par le passé. Bientôt, ma souffrance aurait moins lieu d’être, elle sera inoffensive. Et surtout, j’apprendrais à vivre à ses côtés, à l’écouter pour ne plus jamais traverser de telle période.

     Si j’ai le recul nécessaire, je pourrai peut-être même faire profiter mes proches de cette expérience. Qui sait ? ››

Derrière les apparences

‹‹ – Je ne comprends pas pourquoi je suis autant en colère, pourquoi tous mes problèmes ont l’air de ressortir tout frais d’un placard. Comme si je les avais mis sous le tapis... alors que je pensais avoir résolu tout ça...

– Tu n’es jamais sereine, Camille.

– Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Je me suis sentie bien toutes ces années...

     Laurent réfléchit à la manière dont il pourrait s’exprimer sans se prendre un tsunami.

– Tu... tu n’es proche de personne Camille, tu es toujours dans l’observation... Tu es guindée et tu ne laisses pas les gens entrer dans ton cercle...

     Ça fait mal à entendre, mais elle sait que qu'il a raison. Laurent sentit le besoin de justifier son ressenti.

– Je te connais dans notre intimité, quand tu es détendue, ouverte et bien avec toi-même.

– C’est quoi la différence ?

– Tu ris sans te retenir, tu babilles comme une gamine, tu es taquine, assumée, ta démarche et ta tenue sont plus souples, ton regard plus doux... C’est dur à expliquer...

     Camille prit une minute pour digérer. Elle ressentait aussi cette différence, mais elle n’avait pas conscience qu’elle était à ce point énorme.

– Pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ?

– Car je ne peux pas te reprocher quelque chose que je ne fais pas moi-même.

– Tu es beaucoup plus cool que moi, lui dit Camille avec un sourire triste.

– Oui, peut-être, mais je suis autant psycho maniaque du contrôle que toi...

     Camille l’observa un long moment. Mais elle n’avait pas vécu la même chose que lui, elle n’avait pas lutté pendant des années contre l’addiction… et elle savait qu’elle ne mesurait pas ce que cela lui coûtait encore aujourd’hui.

     Elle n’osait pas en parler avec lui... Et elle ne savait pourquoi. Pourtant elle avait parfois envie d’en savoir plus sur les démons qui le rongeaient, ce qu’il avait traversé et ressenti dans cette période très sombre. Mais était-elle capable de l’entendre ?

– Camille, la question n’est pas de te comparer à moi, mais de comprendre ce qui t’arrive. Il n’y a pas de vie ou de souffrance pire qu’une autre. Ce que tu traverses aujourd’hui peut-être aussi douloureux que n’importe quelle épreuve. Maintenant, nous devons, tu dois trouver une solution pour te sentir mieux. ››

Si ces thématiques de la colère, de l'acceptation, des faux semblants et de la quête de soi vous intéresse, alors je vous invite à jeter un oeil à "Débolis Héyavé", un petit livre plein de spiritualité 😉

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