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Interview d’Alice Quinn – Des auteurs, des inspirations n°3

À quelques jours de la publication de mon dernier livre Débolis Héyavé, je vous propose un cinquième voyage dans les coulisses de l'écriture avec une interview d'Alice Quinn ! Nous avons partagé un moment formidable sur Skype pendant plus d'une heure et je me suis sentie très proche de son discours sur l'inspiration. Je suis donc très heureuse de partager cette nouvelle interview avec vous aujourd'hui 🙂

Alice Quinn - un pseudo inspiré de la série Alice Détective et de son auteur Carol Quine - a su se démarquer avec sa comédie policière devenue un véritable best-seller. Rosie Maldonne, l'héroïne, est sexy, grande gueule et vit dans une caravane avec ses trois enfants... Elle nous embarque dans ses péripéties avec beaucoup d'humour et nous apprend à relativiser page après page.

Parenthèse polémique avant de commencer :

Lorsque j'ai annoncé la semaine dernière que c'était Alice Quinn qui se lançait dans cette aventure, certains ont grincé de dents : une auteur connue ! Ils sont toujours favorisés, on oublie les autres, les auto-édités, ceux qui rament, au profit du trafic sur le blog... ! Je répondrais à ces rabat-joie que d'une part, je ne focalise pas mes interviews sur la célébrité de l'auteur : même si Johana Gustawsson commençait à sortir son épingle du jeu médiatique avec Block 46, Gipsy Paladini est une auteur au talent certain, mais bien moins médiatisée.

Même si j'aimerais la développer, l'entre-aide n'est ici pas ma priorité. Ma démarche "Des auteurs, des inspirations" est de faire découvrir aux lecteurs ce qui se cache derrière chaque livre, chaque histoire. Je ne sélectionne donc pas la popularité, mais l'humain, l'écrivain. Quelle inspiration pour un polar ? Pour un polar historique ? Pour un polar avec des adolescents ? Pour des comédies ?

Au fil des interviews j'ai été très surprise, parfois émerveillée par le partage de ces auteurs : oui, il y a bien DES inspirations. Malgré certaines similitudes dans le ressenti, je ne pensais pas que l'inspiration pouvait être aussi personnelle.

Alors si demain je dois interviewer Gilles Legardinier pour lui demander comment il trouve l'inspiration pour écrire la vie des femmes, ou Marc Levy pour savoir si l'inspiration s'étiole avec le succès, alors je le ferai, membre de la communauté des auteurs indépendants ou non. Et bien sur si je viens à interviewer des auteurs auto-édités et que cela leur donne un coup de pouce, alors j'en serais ravie. Mais ces interviews sont régies par une seule et unique loi : ma propre inspiration.

Ceci étant dit, je ne voudrais pas gâcher votre plaisir 🙂
Encore un grand merci à Alice mais aussi à vous tous d'être ici aujourd'hui.
Il est temps de passer à notre autre parenthèse, très agréable, avec Alice Quinn.
Je lui donne à présent la parole :

Anais Profil 2

Anaïs interviewe Alice Quinn

Nous allons essentiellement parler de l’inspiration aujourd’hui, est-ce que vous sauriez me dire ce que c’est ? Et la différence que vous feriez avec l’imagination ?

Alice Quinn

L’inspiration tombe de l’on ne sait pas où, ça arrive lorsque l’on ne s’y attend pas. Alors que l’imagination c’est quelque chose de volontaire. L’imagination on peut la pousser, la forcer, la travailler, alors que l’inspiration… elle est plus lointaine… c’est une transe. Ça ne veut pas dire que ce qu’il en sortira sera bon ou mauvais et c’est pour cela qu’on a intérêt à faire intervenir l’imagination quand l’inspiration est là pour la contrôler un peu ! Sinon on peut partir dans tous les sens et nous devons garder en tête des notions de structures.

Pensez-vous que l’inspiration est la même pour tous ?

Alice Quinn

Tout le monde a de l’inspiration, après il y a les croyances personnelles qui font que l’on a plus ou moins confiance en ce que l’on peut faire… Je pense que tout le monde peut écrire mais après on est plus ou moins doué, comme pour toute activité.

Est-ce que vous vous impliquez beaucoup émotionnellement dans vos écrits ?

Alice Quinn

Toutes les expériences que l’on a dans la vie servent toujours à l’inspiration. J’essaie de ne pas mettre trop de moi-même dans mes livres mais j’utilise des choses anecdotiques de ma vie tout le temps car ça donne du réalisme. Par exemple, mes goûts alimentaires, mes manies, mes envies… après j’essaie d’être dans la pure fiction et en rien autobiographique. Je pioche dans des événements de ma vie pas pour les raconter mais pour humaniser, rendre les personnages attachants.

Il vous arrive de ne pas être inspirée ? D’être face à une page blanche ?

Alice Quinn

Je pense que je ne peux pas me permettre le luxe de ne pas être inspirée. Quand je me mets à écrire, je suis obligée d’écrire. Avant j’avais beaucoup de boulots alimentaires en plus de l’écriture et même si maintenant c’est moins le cas, j’ai toujours cette sensation d’urgence même si j’ai plus de temps.

Ça ne m’arrive jamais de me mettre devant l’ordinateur et de ne pas écrire, même si je n’ai pas d’inspiration, je force les choses. Je ne m’autorise pas à ne pas avoir d’idées. Même si cela peut-être mauvais, ça aura quand même enclenché le processus d’écriture et ouvert sur de nouvelles idées. Ensuite je peux revenir et retravailler, élaguer, rectifier. Mais grâce à ce système, l’écriture va s’enchaîner toute seule. C’est en écrivant que l’inspiration me vient, pas en l’attendant.

Donc lorsque vous n’avez pas à vous forcer et que vous êtes donc inspirée, vous vous sentez en transe ?

Alice Quinn

Oui, ça vient au bout d’un moment, même si j’ai dû me forcer au départ. Ça se produit quasiment tout le temps. Tout d’un coup on passe à un autre stade. C’est bien une forme de transe, c’est les personnages qui commencent à dicter leurs lois, les situations qui s’enchaînent toutes seules et c’est le sentiment d’être ailleurs.

Le problème, c’est que même si on s’arrête d’écrire ça continue, cet état de transe peut parfois déborder. Quand j’ai écrit le début de ma saga fantaisie, j’étais dans une bulle irréelle en permanence. Je sortais dans la rue, je traversais sans regarder… j’étais ailleurs, je baignais dans le merveilleux. En ce moment, je travaille sur ce texte  pour le publier en roman-feuilleton, mais je fais très attention dès que je débarque dans le réel. J’essaie d’éviter les accidents !

Il faut être vigilant, car quand on écrit des romans, on devient le vecteur de quelque chose, un passage, de notre inconscient au réel. Ça fait affleurer des choses qui peuvent être dangereuses pour nous. Je m’en suis rendu compte, en écrivant un personnage qui était très malade.

Vous pouvez m'en dire plus ?

Alice Quinn

Il se passe des choses bizarres, des alchimies étranges parfois entre les romans que je suis en train d’écrire et la vie. Ce personnage avait tout le temps mal au ventre et lorsque je me suis levée pour aller chercher un verre d’eau et j’avais aussi vraiment mal au ventre ! Le personnage était en train de m’envahir, de me posséder, du coup j’ai ralenti mon écriture…

Ça m’a permis de prendre conscience que toutes nos pensées influençaient notre quotidien. Quand notre pensée est noire, sombre, parce que l’on est en train d’écrire un roman sombre… on a l’impression que ce n’est pas notre pensée réelle, on baigne dedans…

C’était vraiment pour cette raison que j’ai décidé d’écrire Rosie Maldonne, ça n’allait pas bien, et je me suis dit, STOP maintenant je vais écrire quelque chose qui me fasse rigoler, j’ai besoin de rire.

Comment trouve-t-on l’inspiration quand on n’est pas bien et que l’on veut écrire quelque chose de comique ?

Alice Quinn

Ben c’est pareil, c’est à la commande. Je me mettais devant l’ordinateur et je me forçais à inventer des situations drôles, un personnage qui était tout le contraire de moi-même. Rosie Maldonne elle n’a que des misères mais c’est assez comique. C’est un peu comme nous, on se fait parfois tout une histoire des petites choses, en disant que ça ne va pas, puis quand on fait le point on se rend compte que ça va bien, que nos enfants merveilleux, que l’on mange à notre faim… et que l’on a les choses essentielles, l’amour, le bien être.

Rosie Maldonne elle a ça, même si c’est dans une vieille caravane pourrie, elle s’en sort toujours ! Grâce à elle j’ai pris conscience des richesses que j’avais, ça m’a fait relativiser et ça m’a appris à voir tout ce qu’il y avait de bien dans ma vie.

Vous avez déjà écrit des histoires sombres ?

Alice Quinn

Oui. J’ai écrit il y a quelques années un roman très noir, Fanny N., qui va en principe être édité par le label des Indés (Laurent Bettoni). Je l’ai écrit il y a quelque temps et je vais le retravailler. C’est un livre un peu spécial, mais je ne veux pas m’y replonger trop profondément car il est justement trop sombre. Il parle d’une femme qui bascule dans la folie… et on plonge avec elle… Cette femme n’est pas très sympathique, à la limite répugnante, c’est un peu l’envers de la médaille de Rosie Maldonne.

J’aimerais sortir ce roman mais je ne sais pas comment le présenter à mes lecteurs, car ce n’est pas du tout dans le style habituel d’Alice Quinn. Du coup je vais mettre beaucoup d’avertissements car je crains pour mes lecteurs et mes lectrices… Certains sont fragiles et ont besoin de Rosie pour se faire du bien. Ce livre peut vraiment les bousculer.

Pourquoi c’est important pour vous de le publier si c’est un risque pour votre lectorat ?

Alice Quinn

Parce que je ne veux pas avoir de calcul, de carrière, je ne travaille pas pour des entreprises, j’écris ce qu’il me vient, ce que je trouve important. Le thème c’est toujours la femme, son image dans notre société et le rapport à la maternité… Comme dans Rosie Maldonne, mais d’un autre point de vue. Puis la folie m’intéresse aussi : comment est-ce qu’on sombre dans la folie ? Ça peut nous arriver à tous, la frontière est fragile.

On a tous ces germes de déséquilibre en nous et on arrive tous pourtant à contrôler, à vivre une vie normale… Écrire ce livre a été un moyen d’être à l’écoute de ce qu’il y avait de plus profond en moi, même s’il n’a rien d’autobiographique et que j’ai étudié des cas cliniques réels, avec des délires, pour pouvoir le créer.

J’ai peur pour ce livre, de la façon dont il va être reçu, perçu et du mal qu’il pourrait faire, il a quelque chose de maléfique mais il y a aussi une beauté dans le personnage et sa folie. Il y a des gens que ça peut aider différemment dans une réflexion sur eux-mêmes, leur rapport à leur enfant, à leur mère.

Ce livre c’était avant d’écrire Rosie Maldonne, vous pourriez écrire une nouvelle histoire sombre aujourd’hui ?

Alice Quinn

Non, je ne veux pas, je ne veux plus écrire de choses sombres. Il y a des choses que je ne pense plus supporter, je ne serais plus capable, j’ai vieilli. Je ne veux plus gaspiller une seconde à des idées sombres, à faire des choses sombres. J'aimerais me cultiver, passer de bons moments avec des amis, savourer de bonnes choses, admirer des paysages, cultiver le bonheur.

Juste une dernière petite question que je n’ai pas encore posée aux précédents auteurs. Est-ce que vous utilisez l’inspiration pour d’autre chose que l’écriture ?

Alice Quinn

Dans ma perception du terme, que l’inspiration vient de quelque part… bien sûr que je l’utilise… en fait on l’utilise tout le temps. C’est ce que l’on appelle un peu l’intuition. Après on a plus ou moins confiance en notre intuition, ou on la suit plus ou moins.

Inspiration et intuition alors ?

Alice Quinn

Oui quand ça sort d’un cadre créateur volontaire oui, pourquoi pas, peut-être… inspiration devient intuition…

Merci infiniment à Alice !
J'espère que sa prochaine histoire, Fanny N. trouvera son lectorat aussi bien que ses précédents livres.
Nous attendons aussi le prochain tome de Rosie Maldonne avec impatience :-)

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