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L’interview inédite de Debbie, personnage principal d’Au-delà des tours !

Nous fêtons aujourd'hui les 1 an d'Au-delà des tours !

Je vous propose cela avec Debbie, mon héroïne d’Au-delà des tours pour célébrer les un an de sa publication !

Si vous n’avez pas lu ce roman, faites connaissance avec cette jeune fille qui a su se relever d’une longue descente aux enfers…

Si vous avez lu le roman, vous connaissez Debbie. Vous la rencontrez sept ans après la fin du roman : qu’est devenue cette adolescente rebelle et perdue ? Vous avez été nombreux à vous prêter aux jeux des questions et je vous en remercie du fond du cœur. Cela signifie beaucoup pour moi, car cela veut dire que l’histoire de Debbie vous a touchés !

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En tant qu’auteur je ne pouvais pas vous laisser seuls avec cette héroïne sans créer une atmosphère : je vous ai donc réservé une SURPRISE ! Pour que vous puissiez mieux imaginer ces retrouvailles, j’ai demandé à mon amie Bibliza, blogueuse et chroniqueuse de rédiger une introduction à l’interview ! Je n’en dis pas plus, je vous laisse en tête à tête avec Debbie…


16 Juin 2016, par Bibliza.

Pour commencer ma rubrique « Intertexte » dans le journal de la fac de Rennes, j’ai rendez-vous avec Debbie. J’ai choisi le parc du Thabor pour une interview au grand air, au cœur de la ville et en même temps au cœur d’arbres et de roses centenaires.

Je dois vous l’avouer, après avoir lu deux fois Au-delà des tours, je ne l’ai pas reconnue tout de suite, cette jeune femme sûre d’elle, décontractée, vêtue d’un simple jean, d’une veste en cuir marron ouverte sur une chemise blanche. Qu’est-ce que j’imaginais ? Je n’en sais rien, mais cela m’émouvait de me retrouver face à elle. L’héroïne de papier devenait réalité. Étrange de connaître une personne intimement et d’être pourtant face à une inconnue, non ?

Au téléphone, la semaine dernière, elle semblait heureuse de ma démarche, d’autant que celle-ci collait parfaitement à sa démarche personnelle. Elle aussi a fait le bilan sur sa vie et a décidé d’en tirer parti. Elle n’a pas voulu en dire plus, se réservant pour cet après-midi. Me voici donc face à Debbie, assises sur un plaid au milieu d’une pelouse verte, toutes les deux intimidées mais résolues…

Place à l’interview 🙂

Debbie, lorsque l’on voit ton vécu, on se dit tout de suite que tu aurais voulu exercer un métier autour de l'éducation, mais ce n’est finalement pas ce que tu as choisi ? - Lucas

Au tout début, j’avais décidé de ne pas du tout m’orienter dans une carrière sociale, je ne voulais pas rester enfermer dans cette pauvreté qui me touchait trop. Je n’étais pas prête. Pendant le lycée, c’était le début des ordinateurs et d’internet, j’ai tout de suite été fascinée par cet univers virtuel sur lequel beaucoup de choses étaient possibles. Je pense que j’étais rassurée par ce côté « non-humain » parfaitement maîtrisable… alors de fils en aiguilles je me suis retrouvée à être web designer, à créer, refaire des sites internet pour des entreprises.

Que souhaites-tu donc faire de ton combat contre tes démons aujourd'hui que tu es apaisée ? En parles-tu ouvertement ou cela reste-t-il un tabou ?
- Bibliza

J’ai longtemps gardé ma vie à Palias secrète lorsque j’ai commencé à me construire ailleurs, après le lycée. Je ne voulais pas parler à mes nouveaux amis des conneries, parfois énormes que j’ai pu faire, du déchet que j’étais devenue à mes quinze ans. Puis je pense, vient un moment où ça ne nous fait plus souffrir d’y penser, et qu’on a plus honte.

Finalement, on s’en est sorti ! On peut être fier de soi ! Au fur et à mesure, j’ai commencé à parler de mon histoire à des gens à qui elle pouvait être utile, des personnes de mon entourage qui ne s’en sortaient pas et qui se noyaient dans un verre d’eau. Je leur expliquais comment et pourquoi je m’en suis sortie pour leur montrer qu’eux aussi pouvaient le faire, aller de l’avant avec beaucoup de volonté.

Je me suis alors rendue compte du pouvoir incroyable que cela avait sur les gens ! Sans que je le veuille vraiment, ils ont pris exemple sur moi et on fait preuve d’une grande détermination pour surmonter leurs problèmes !

Et comment t'y prendrais-tu pour partager ton expérience plus largement sans entrer dans le voyeurisme ? - Sabrina

Si une chose m’a toujours tenu à cœur c’est d’éviter ce qui m’est arrivé aux autres alors je me suis demandé : pourquoi ne pas m’adresser directement aux adolescents et aux parents des cités ? Leur montrer que rien n’est impossible, que recoller les morceaux, c’est faisable, que l’on peut réussir à reprendre sa vie en main.

C’est comme ça qu’il y a deux ans, j’ai commencé à retourner à Palias pour discuter avec des parents, des ados… Mon message passait bien auprès des jeunes, mais moins auprès des adultes… Certainement car je n’ai jamais vraiment compris le raisonnement de mes propres parents face à notre déchéance ! Alors comment pouvais-je convaincre les autres parents si je ne les comprenais pas ?

J’ai rencontré un éducateur spécialisé un peu par hasard dans un foyer où je devais revoir un jeune l’année suivante. Nicolas il s’appelle… J’ai parlé avec lui de mon projet et il m’a dit que ce qui me manquait était de vrais conseils en parentalité : pas besoin d’aller à l’origine de chaque cassure familiale, les parents devaient simplement reprendre le pouvoir et les enfants retrouver l’espoir. Il m’a alors proposé quelque chose de fou : créer un site internet pour parler de mon histoire et diffuser largement des conseils à toutes ces familles en détresse. Car, je vous rassure, même si ces familles sont pauvres et désespérées, elles sont belles et bien connectées !

Nous nous sommes alors associés pour créer un blog pour les adolescents et pour les parents, qui regroupera des conseils pour chacun… Ce blog sera en ligne à partir de demain, c’est un projet énorme qui peut se développer de mille et une façons… et j’espère sincèrement qu’il pourra venir en aide à des familles en difficultés, comme l’a été la mienne, et éviter à des adolescents de souffrir autant que j’ai souffert.

Debbie, la vie t'a laissé des épreuves, épreuves dont tu es ressortie plus forte. Dirais-tu qu'elles ont été fardeaux ou cadeaux ? - Bibliza

Difficile à dire... Je suis ressortie de l'enfance et de l'adolescence avec beaucoup de cicatrices, au sens propre comme au sens figuré ! Je me serais bien passée de certaines ! Quelques souvenirs déplaisants ressurgissent dans mon quotidien des années plus tard. J'ai des peurs qui me sont difficiles de contrôler, la peur d'être agressée, car aujourd'hui je n'ai plus envie de me battre comme avant, la peur de perdre des gens, et du changement.

Il y a bien des épreuves qui m'ont rendue plus forte, mais à quel prix ? Je ne regrette pourtant pas cette période, même si elle a été très difficile. J'ai beaucoup appris, j'ai dû me surpasser pour m'en sortir et me remettre profondément en question. Ce courage de se regarder en face, si on l'a eu une fois dans sa vie, alors on l'a pour toujours.

Au-dela des tours

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Imagine-toi maman dans quelques années. Que dirais-tu, quelle attitude aurais-tu, face à la période sensible de l'adolescence de ta fille ? - Bibliza

Je pense que ma priorité numéro un sera la communication ! J'imagine que pour mes parents ça n'était déjà pas gagné avant tous nos problèmes et qu'à un moment, la distance est tellement grande entre nous qu'il est devenu impossible de faire marche arrière. Alors avec mes enfants, même bien avant l'adolescence, je privilégierai la communication et la transparence !

À l'adolescence, j'aviserais en fonction de l'ampleur de la crise (rires) ! Mais il est certain que je ne m'effacerais pas. Je ne la laisserais pas être aussi provocatrice que je l’ai été, je ne la regarderais pas se détruire sans bouger le petit doigt. Et si elle est isolée ou insolente et qu’elle ne me laisse pas l’aider, je ne baisserai pas les bras. Je demanderai de l’aide s’il le faut. J’espère seulement être capable de voir les problèmes arrivés avant qu’ils ne soient trop importants !

Est-ce que tu as peur de reproduire les erreurs de tes parents avec tes enfants ? - Marine

Oui, clairement ! Car même si j’ai une idée prédéfinie de l’éducation que je souhaite leur apporter, on n’est jamais à l’abri, ma famille en est la preuve ! Il y a toujours des facteurs que l’on ne contrôle pas, ou des choses que l’on ne prévoit pas… et rien ne m’assure qu’au moment d’avoir des enfants ou des adolescents à la maison, j’ai encore toutes mes bonnes résolutions en tête ! J’ai peur que, comme mes parents, je sois un jour débordée par la vie et que l’éducation de mes enfants en pâtisse…

Pour revenir à tes quinze ans, avec le recul, ferais-tu les mêmes choix que cet été-là ? - Lionel

Je ne sais pas ! Peut-être que j'essaierais d'être moins teigneuse et de garder un visage intact pour commencer ! Concernant mes parents, je pense que c'était hors de ma portée, j'ai essayé à notre arrivée dans la cité Palias de rester proche de ma mère mais ça n'a pas été possible. Nous avons été dévorées par la vie et le retour de mon père n'a rien arrangé... je ne pourrais donc rien changer de ce côté-là…

Par contre, s'il y a un choix que je referais sans hésiter c'est bien celui de m'en sortir, de saisir la main que mon ami Mikael m'a tendue et qui m’a définitivement sauvée. Si je suis devenue la femme que je suis aujourd’hui c’est grâce à lui et à toute l’énergie qu’il a déployé pour me remettre à flot. Il n’a certes pas été tendre, il a utilisé la manière forte, mais c’était son seul recours. Jamais je ne le remercierais assez de ce qu’il a fait pour moi.

Rappelons que tout ça, c’est à cause de ton frère, Guillaume et de cette fameuse connerie qu’il a faite. Sans ça, tu n’aurais jamais connu Palias… Quelles étaient vos relations avant ce « drame » survenu à tes sept ans ? - Stéphanie

Nous n’étions clairement pas fusionnels. Nous avons dix ans d’écart et nous n’avons pas du tout eu la même éducation. J’ai toujours vu Guillaume comme un « grand » que je ne comprenais pas et connaissais mal. Guillaume a été élevé à la dure par mon père qui ne le lâchait jamais et les tensions entre eux sont apparues très tôt. Moi, à l’inverse, j’étais assez tranquille, je faisais ma vie discrètement en évitant les tirs croisés. Mon frère ne s’occupait pas particulièrement de moi, même avant sa crise d’ado et on se chamaillait plus qu’autre chose quand nous devions passer du temps ensemble.

Est-ce que tu as réellement accepté et pardonné son geste ? Ou bien est-ce que tu préfères ne pas y penser ? En as-tu parlé avec lui ? - Steven

Au fond je lui ai pardonné, car il fallait aller de l'avant. Après, il reste de nombreuses parts d'ombre autour de cet événement, notamment concernant la relation entre Guillaume et mon père. Guillaume n'a jamais voulu me dire pourquoi il en était venu à de tels extrêmes et ce que mon père avait bien pu lui faire.

Je ne repense plus à ce que Guillaume à fait, mais plus aux raisons et à ce secret qui semble planer. Même ma mère est évasive à ce sujet et même si je veux croire que je n'ai pas envie de remuer le passé, ce petit mystère reste dans un coin de ma tête... J'ai l'impression que cela m'aiderait à tirer un trait définitivement sur le passé, si je savais réellement les causes de ce drame qui a secoué notre famille et qui a fait de mon adolescence un véritable enfer.

Peux-tu nous en dire plus sur ta vie avant de vivre entre les tours ? Comment étais-tu comme fille, tes amies, tes occupations ? - Stéphanie

Avant les tours, nous étions dans un quartier pavillonnaire assez calme. Nous étions le stéréotype de la classe moyenne, mes parents travaillaient, Guillaume et moi allions à l’école… nous avions une routine. Les weekends, c’était le ménage, les devoirs, les promenades… et les copines. Les vacances, nous partions, la voiture pleine à craquer, visiter notre famille, à la campagne, où je faisais du vélo, courais dans les champs…

Petite, j’étais très naïve. Je vivais dans une bulle, bien à l’abris, je m’en sortais bien à l’école, je faisais les activités extra-scolaires que je voulais, du dessin, de la gym, du théâtre, j’allais chez mes amies faire des soirées pyjamas et ces mêmes amies m’invitaient à leur anniversaire.

Je faisais mon petit bonhomme de chemin sans que personne ne vienne m’embêter… J’étais pourtant chétive et j’aurais pu devenir la tête de turque de n’importe qui, mais avant la connerie de Guillaume, avant Palias, personne ne me voulait de mal. C’est pour ça que je suis vraiment tombée de l’armoire le jour où je me suis retrouvée dans cette cité.

Tu as l’air pensive tout d’un coup ?

C’est marrant car en y repensant, je me demande si je n’étais pas prédestinée à être mise à l’écart par mes parents. Je m’en suis souvent voulu d’avoir été si passive toute mon enfance et lors du drame… C’est peut-être de ce sentiment qu’est née la violence de mon adolescence : je ne voulais plus être discrète, je voulais que l’on m’entende, que l’on me voit… Malheureusement, je n’ai pas pris le chemin le plus efficace, ni le plus serein, pour être écoutée et comprise…

Une note positive pour la fin ?

Oui ! Il y a de l’espoir, dans n’importe quelle situation. C’est le message d’Au-delà des tours et ça sera celui du site internet. On peut s’en sortir, vraiment, se relever, guérir ! Tout est possible à partir du moment où on le veut vraiment. Et une fois que l’on est remis sur pied, on ne s’arrête plus !

Tous les jours je continue à aller de l’avant et malgré mes peurs, il me tarde de construire ma propre famille avec l’homme de ma vie, que je n’ai pas quitté depuis Palias. Je ne dirais pas son nom pour ne pas dévoiler la fin du livre !

Merci à vous, chers lecteurs !

Merci d'avoir été de plus en plus nombreux cette année à vous lancer dans cette histoire, de votre soutient à travers vos commentaires ! Merci de votre participation pour cette interview, j'espère que les réponses sont à la hauteur  !

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