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Interview de Johana Gustawsson – Des Auteurs, Des Inspirations n°1

Voici la toute première interview de la série "Des Auteurs, Des Inspiration". C'est la formidable Johana Gustawsson qui ouvre le bal aujourd'hui. Cette ancienne journaliste a publié son premier roman solo Block 46 il y a bientôt trois mois : ce roman policier sans détour est aujourd'hui un véritable succès.

Je remercie infiniment Johana d'avoir accepté de m'accorder du temps et de partager avec nous aujourd'hui son ressenti sur l'écriture et l'inspiration.

Anaïs W. interviewe Johana Gustawsson

Anais W.
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Votre roman Block 46 est né de deux choses très importantes pour vous : l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et des camps de concentration d’une part, et votre amour pour les polars d’autre part. Comment l'histoire associant les deux vous est-elle venue ?

Johana Gustawsson

En effet, j’avais vraiment ce désir de parler de la Seconde Guerre mondiale, car mon grand-père était un déporté, puis un résistant et il s’est énormément battu par la suite pour le devoir de mémoire jusqu’à sa mort. Mais je ne suis pas une historienne - je suis une journaliste - et je ne pouvais légitimement pas faire un livre sur les camps de concentration.

Interview-de-Johana-Gustawsson-Blok-46

Comme je suis plutôt quelqu’un qui raconte des histoires, je me suis dit que le seul moyen de parler de ça, était de lier un roman à cette partie historique. Je n’ai pas choisi le roman historique, car depuis toute gamine, je lis des romans policiers : je ne m’endors jamais sans quelques pages d’un polar ! Du coup, c’est ce que je voulais faire : un roman policier consacré au camp de concentration de Buchenwald. Le postulat au début c’était un déporté qui devient un tueur en série et à partir du moment où ça a été décidé, ça a été comme les pièces d’un puzzle.

Vous lisez beaucoup, des policiers, des livres historiques..., cela vous a-t-il aidé à construire l’histoire et à vous inspirer ? Ou l’inverse ?

Johana Gustawsson

J’ai évidemment commencé par faire des recherches sur les camps, même si j’étais très informée sur le sujet comme on en parlait énormément à la maison. Au fur et à mesure des lectures l’inspiration se modifie car on a de nouvelles informations qui la guident.

Pour le côté policier de Block 46 par exemple, j’avais des idées pour les scènes de meurtre de femmes en Suède, mais finalement, j’ai choisi des enfants pour faire le parallèle avec les expérimentations médicales faites dans les camps sur les jumeaux. Cela servait ainsi à l’Histoire et en même temps au roman.

Lire me nourrit, me stimule. Je vois aussi ce qui a été fait pour ne pas le refaire, pour chercher quelque chose de nouveau, de différent. J’écris ainsi ce que j’aimerais lire : parfois même si on a adoré un livre, on aimerait changer quelque chose, par exemple le personnage principal pour qu’il soit d’une manière ou d’une autre.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la façon dont vous écrivez ?

Johana Gustawsson

Quand je construis un roman, je commence par écrire ce que j’appelle le squelette, c’est-à-dire, chapitre par chapitre, scène par scène. Après, je vais à l’essentiel : quand je me mets à l’écriture de mon chapitre, c’est une synopsis et je sais ensuite ce que je vais écrire dans la journée.

J’aime bien ne pas revenir sur les choses, alors quand j’écris, je vais m’attarder. Il m’est arrivé parfois de réfléchir trois heures – mais pas trois heures marseillaises, trois vraies heures ! – sur une image, car je vois cette image mais je n’arrive pas à la traduire en mots et tant que ce n’est pas fait, je ne suis pas du genre à passer à la partie suivante !

Alors j’attends, je façonne, je refaçonne, un peu comme un orfèvre et une fois que mon image et ma phrase sont bien, je passe à la suite. J’écris en gros un chapitre par jour et après je ne le change plus car j’ai passé beaucoup de temps à faire attention à chaque mot, à trouver comment tourner une phrase pour qu’elle transmette l’émotion que je voudrais induire.

Ainsi, lorsque j’envoie mon livre à un éditeur, je l’envoie tel quel sans réécriture. Je fais juste une relecture par mon père et ma sœur qui travaillent avec moi, mais c’est uniquement pour la grammaire.

La maison d’édition ne vous demande pas de modifier votre manuscrit ?

Johana Gustawsson

Ça ne m’est jamais arrivé, mon éditrice m’a juste demandée de rajouter une scène de découverte du corps d’une des victimes car la scène était suggérée et elle voulait qu’elle soit décrite. Et après aussi une petite modification dans la scène finale, dont je ne peux pas parler pour ne pas briser le suspens... Mais on ne m’a jamais demandé de changer des personnages… ça m’arrivera certainement mais pas encore ! Je pense que ça doit dépendre de la relation à l’éditeur.

Pour revenir à l’inspiration, vous vous sentez souvent inspirée ?

Johana Gustawsson

Oui, alors j’ai toujours un petit calepin ou mon téléphone pour noter car j’ai peur d’oublier des idées, surtout depuis que je suis maman où mon cerveau fonctionne sur des millions d’autres choses.

Sinon, l’inspiration est là plutôt quand mon esprit est libre, le week-end en famille, lorsque l’on se balade en forêt, je peux avoir une idée qui va naître. Je suis grande une rêveuse, c’est-à-dire que très souvent je peux me retrouver dans une situation où tout d’un coup je m’éclipse, mon esprit va se mettre à vagabonder… car ce que j’aurais vu va me faire penser à quelque chose… qui va me faire penser à quelque chose… et l’idée va naître comme ça. Je fonctionne énormément par association d’images.

Dans ces périodes actives, vous arrive-t-il de vous perdre dans vos histoires ou vos personnages ?

Johana Gustawsson

Oui bien sûr. Je vais vous raconter une anecdote de quand j’écrivais Block 46 et que je travaillais beaucoup,  entre 14 et 15h par jour, je dormais très peu. J’ai organisé les un ans de mon fils, avec une longue liste d’invités et après cette journée d’anniversaire, le soir j’ai dit à mon mari que j’avais l’impression que des personnes n’étaient pas venues. En cherchant qui, ce sont les noms de mes personnages Emily et Alexis qui sont ressortis !

Donc oui… quand je suis vraiment dans mon histoire, mes héroïnes sont avec moi, tout le temps et je pense à elles. Je vais en forêt ou boire un café et je pense « Emily aurait fait ci, elle aurait mis du lait… ». Ça m’arrive surtout en période d’écriture, moins durant la construction du squelette. Je ne déconnecte pas et je n’ai parfois pas envie de déconnecter ! Il y a des soirs où j’aurais envie de continuer… certainement car les personnages sont une partie fantasmée de moi-même !

Donc les personnages sont à côté de vous, mais parfois vous identifiez-vous à eux, vous imprégnez-vous de leurs sentiments au point de ne plus vous sentir vous-même ?

Johana Gustawsson

Non ça ne m’est jamais arrivé, je n’ai jamais ressenti ce que les personnages ressentaient. Quand je dois décrire la douleur, la perte, je le ressens à ce moment-là car j’imagine ce que cela pourrait être et quelles sensations je pourrais ressentir. Au moment de l’écriture, oui, pour pouvoir décrire. Mais une fois que l’écriture est terminée, c’est terminé.

Que se passe-t-il quand vous n’êtes pas inspirée ?

Johana Gustawsson

Parfois il y a des impasses. J’essaie souvent de construire un jeu de piste, je place de fausses pistes pour que le lecteur s’amuse et se trompe. Mais parfois, j’ai des petits blocages. Par exemple, il peut me manquer une pièce de puzzle pour créer une logique et je ne parviens pas à la trouver. Je réfléchis alors pendant des heures, je cherche dans mon imagination cette pièce de puzzle qui me manque.

Il y a des journées à vide aussi, c’est terrible, car se sont des moments de solitude. Quand on écrit, il n’y a personne d’autre, on ne peut se tourner que vers soi-même, c’est très difficile. La fatigue en est souvent la cause. Je sais que parfois ce n’est pas tellement la quantité, mais la qualité des heures passées à son bureau qui compte et qu’un esprit reposé fait mieux qu’un esprit confus et fatigué.

Vous dites « réfléchir pendant des heures » face à un blocage, est-ce toujours de l’inspiration pour vous ?

Johana Gustawsson

Je crois beaucoup au travail et en cette histoire "1 % de talent, 99 % de sueur". Alors peut-être en effet, ce n’est pas de l’inspiration, c’est juste du travail. Pablo Picasso disait quelque chose comme « Je travaille tout le temps car si l’inspiration me touche, elle doit me trouver au travail ». Il m’arrive parfois d’être en train de faire mes courses et de résoudre un blocage et je ne sais pas si c’est de l’inspiration. Je pense que c’est mon cerveau qui n’a pas arrêté de travailler.

L’inspiration est-elle pour vous ouverte à tous ?

Johana Gustawsson

Je pense que ça peut s’éveiller. C’est juste être à l’écoute de soi, être capable de rêver, comme l’imagination. Après c’est autre chose d’écrire un livre, tout cela dépend des goûts, pour moi c’est par exemple beaucoup plus facile de m’asseoir pour écrire un livre que pour écrire un rapport de marketing ! Chacun son truc.

Pour finir, nous parlons beaucoup d’imagination et d’inspiration, quelle différence faites-vous entre les deux ?

Johana Gustawsson

L’inspiration c’est comme des graines qui poussent à travers mes expériences de vie. Je capture dans la vie du quotidien, des choses qui m’intriguent qui m’intéressent, la démarche d’une personne, la façon dont elle porte son sac, les expressions qu’elle utilise. À partir de ce moment-là, mon inspiration s’emballe. L’inspiration, c’est aussi le moment où l’idée surgit : on est touché par la flèche de Cupidon, la muse vous apparaît et vous donne l’idée tout d’un coup.

L’imagination c’est ce qui est avec nous tout le temps, les enfants en ont beaucoup et on la perd en devenant adulte, car on est mis dans des catégories, on doit être pragmatique… mais l’imagination, c’est la partie onirique de toutes vies, dans tous les domaines de la vie… C’est un peu comme un océan dans lequel on va pécher certains poissons, il faut juste être "Aware", comme dit Van Damme. Mais c’est difficile, il faut être en contact avec soi-même.

Si je pense maintenant en tant qu’écrivain à ce que j’aimerai acquérir, c’est cette sagesse de pouvoir me dire "maintenant ton esprit n’est pas reposé, repose-toi" pour justement pouvoir accès à cet océan d’idées.

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Je remercie encore grandement Johana pour son temps et sa gentillesse. 

Je lui souhaite une belle réussite pour Block 46 et ses futurs romans !

Pour être tout à fait franche, j'avais initialement proposé à Johana de m'envoyer par écrit un simple témoignage sur ses ressentis. Mais cette dernière m'a judicieusement proposée d'en discuter au cours d'une interview sur Skype : passée la phase de stress (je ne suis pas journaliste, je n'avais jamais interviewé personne et n'avais aucune notion des règles !), je me suis rendue compte que c'était une excellente idée.

Cela m'aura permis d'avoir une discussion passionnante avec Johana et de me prendre davantage conscience de la complexité de ce qu'est l'inspiration : il n'existe pas une seule façon d'écrire, vous le savez, mais il n'existe pas non plus une seule façon de ressentir l'écriture et l'inspiration. Certains auteurs seront happés dans leurs propres histoires, tandis que d'autres parviendront à refermer leurs manuscrits et passer à autre chose.
Il me tarde à présent d'interroger de vive voix d'autres auteurs 🙂

Peut-être cette interview vous a inspiré quelques questions ?
Posez-les dans les commentaires, je pourrais les utilisez lors de prochaines interviews !

  • Zoé dit :

    J’aime beaucoup l’idée de parler de l’inspiration, c’est un sujet très intéressant car il varie selon les personnes et leur façon de penser. C’est très enrichissant de le voir sous des angles différents. Ce sujet répond a beaucoup de questions que l’on se pose après avoir lu un livre. En conclusion, je trouve que c’est un thème très bien choisi.

  • Louise dit :

    Merci ! Très intéressant !!! Bravo !

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