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Chronique : Moi, Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée

Voici LE livre qui aura indéniablement marqué l'univers de mon premier roman "Au-delà des tours" : "Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée".

Dans la série d'interviews "Des Auteurs, des Inspirations", je donne la parole aux auteurs pour qu'ils partagent avec vous leur ressenti sur l'inspiration. Johana Gustawsson le dit elle-même dans son interview : "Au fur et à mesure des lectures l’inspiration se modifie car on a de nouvelles informations qui la guident." Chaque livre possède ainsi son propre rythme, son univers qui influence souvent involontairement notre écriture et à chaque ligne, une idée peut surgir.

Je vous présente donc ici l'une des lectures qui a bouleversée mon adolescence et l'écriture de mon premier roman :

Pourquoi ce livre ?

Pendant mon adolescence, j’étais fascinée par toutes les histoires sombres qui parlaient de la déchéance. Je n’avais aucune envie de livres "fleur bleue", je voulais du saisissant, sur la noirceur du monde…

Je ne me souviens pas comment je suis tombée sur ce livre. Peut-être à la bibliothèque où je traînais souvent, ou dans une librairie en parcourant les rayons qui, à l’époque, n’étaient pas inondés de livres de science-fiction, mais plutôt de livres comme celui-ci : parlant de la vie, de ses difficultés, sans détour ni fioriture.

En tout cas je n’ai pas hésité une seconde à me l'approprier : un bouquin épais, dense comme la vie de cette jeune fille et par-dessus tout, une histoire vraie.

L'histoire

Christiane a 13 ans et vit dans une cité Berlinoise à la fin des années 70. Après une enfance triste et brutale sous les coups paternels, elle part vivre chez sa mère. Mourant d'ennui et fascinée par la bande « branchée », elle décide de faire comme eux, pour s’intégrer : elle commence à fumer du haschisch, prendre du LSD mais lentement ceux sont les drogues dures qui deviennent à la mode.

Tous sont convaincus qu’il suffit de se contrôler pour ne pas tomber dans l’addiction à l'héroïne, mais la triste réalité est bien différente. Quand la drogue devient nécessaire et l’envie pressante, il en faut plus, toujours plus et pour la payer, il faut de l’argent. Après avoir essayé de mendier, Christiane décide de faire comme son ami, quelque chose de plus radical : elle se prostitue, malgré son dégout et sa peur.

Après deux ans de déchéance, sa mère découvre la double vie de sa fille. Christiane essaie alors de se sevrer à de nombreuses reprises avec l’aide de sa mère, de son père puis des médecins, en vain.

C’est un livre terriblement sombre, sur la descente aux enfers de cette jeune adolescente. 13 ans, qui imaginerait que l’on peut vivre autant à cet âge là ? Allez aussi loin dans l’auto-destruction ?

Extrait

"Chaque jour qui passe, je sais que je peux arrêter, je contrôle ma vie. Je me sens enfin quelqu’un. J’appartiens à ma vie. La nuit est belle, je m’endors enfin.
 Plus tristes sont les matins où je m’éveille seule dans cette foutue ville. Peu à peu mes amis me quittent. Votre absence m’est douloureuse. Votre mort s’ancre dans mon cœur, me laissant un dernier souffle sur mon visage, témoignage de nos existences, de notre mal-être.

Mes bras ne sont pas assez forts, ne sont pas assez nombreux pour vous retenir. Ma vie demeure, je reste à vous contempler dans mes souvenirs éthérés. Ma vie et vos morts sont à jamais unis. Je veux crier, hurler ma détresse, vociférer ma solitude. Je veux vous suivre dans ces bas-fonds, m’oublier dans ces limbes. Je suis là, perdue, aveugle dans ce monde incompris. Je n’y ai pas ma place et pourtant… Je dois vivre… je dois vivre pour vous, m’en sortir…

Votre mort est mon espoir, votre mort est ma raison de vivre… Votre mort sera mon calvaire, mon fardeau, votre cadeau, votre amitié…"

Christiane F. et mon univers d'écrivain

Les lecteurs d'"Au-delà des tours" me demandent souvent si j’ai vécu dans une cité : non, jamais et "Moi, Christiane F.", a fait partie de mes sources d’inspiration pour en décrire la pauvreté, la déchéance familiale et la crasse. Je me suis aussi documentée, nourrie d’images et de faits divers pour étoffer l’univers de Debbie.

Si Debbie grandit dans une cité ce n'est pas pour faire la critique de ce monde parfois sans fois ni loi. J’avais surtout besoin d’un endroit dans lequel le comportement de Debbie et de ses parents se justifiait, dans lequel la violence physiques et des émotions pouvait atteindre sa plus profonde noirceur.

« Je suis une ado. Je ne vais pas dire que j'aime la vie. Non ! Je hais la vie. J'aimerai crier mon mal-être, sortir cette violence qui m'étouffe, qui explose dans ma tête. J'aimerai me prouver que j'existe. J'aimerai que la vie m'aime. Je voudrais ne plus être un fantôme de mon existence, palper le goût de la vie... Mais par-dessus tout, je suis-là pour mes amis, avec eux je me sens bien. » - Christiane F.

Debbie est comme Christiane, une ado perdue qui, malgré ses amis, se sent délaissée par ses parents et la vie. Christiane s’est réfugiée dans la drogue pour exister, faire partie d’un groupe et échapper à l’ennui. Debbie, elle, se réfugie dans la violence et sa rivalité avec ses ennemis Marc et Serge : tant que cette violence existe, qu'elle reçoit des coups, alors elle compte encore pour quelqu’un et elle peut défouler sur ces deux voyous son trop-plein de colère. Plus tard, car ses problèmes familiaux la rattraperont, Debbie elle aussi, touchera le fond et y côtoiera l’alcool et la drogue...

Je lis sur liseuse Kindle ! Et vous ?

J'aime les liseuses Kindle car on peut lire confortablement en plein soleil sans reflets... et aussi la nuit grâce au rétro-éclairage !

Oui, ça ne remplace pas un bon livre papier, mais c'est très pratique pour les voyages et les trajets quotidiens 😉

Au-delà du livre

À la fin de ce livre, on retrouve Christiane loin de la ville de Berlin, à la campagne chez sa grand-mère. Elle n’est plus accro à l’héroïne et retourne à l’école. Beaucoup pensent que Christiane F. s’en est sortie, mais s’en est suivie des années de calvaires et de rechutes. Elle aura vécu, elle aura été heureuse, elle ne sera pas morte d’une overdose... mais l’héroïne ne l’aura jamais vraiment quittée.

Cet article dans Le Monde retrace la vie de Christiane tout en beauté :

Moi, Christiane F., 51 ans, toujours vivante

En résumé, l'histoire de Christiane F. m'a bouleversée. Comme les lecteurs le disent pour Debbie, j'ai aussi eu envie de mettre des coups de pied aux fesses ou de tendre la main à Christiane, car à chaque page elle s'enfonçait un peu plus, c'était insupportable. Je suis aussi attristée de savoir que des jeunes sont aujourd'hui dans cette situation douloureuse et que comme en témoigne Christiane, il n'y a pas de sortie définitive de la drogue : il n'y a que des rechutes régulières, la tentation et des efforts permanents à fournir.

J'espère que cette première chronique vous donnera envie de vous plonger dans l'histoire de Christiane ou de Debbie 🙂

Merci de l'avoir lu jusqu'à ces derniers mots. À très bientôt !

  • Séverine dit :

    Merci pour ce livre. Si tu aimes toujours ce style, pourquoi ne pas lire Salut, moi c’est Greg ! http://www.sevylivres.fr/2015/11/07/salut-moi-cest-greg-autobiographie/

  • Intéressant et bonne question ^-^
    Mes lectures influences la façon dont je pose les mots sur le papier. Lorsque je veux écrire dans un style particulier, je lis certains auteurs et inconsciemment, je retranscrit le même style (attention, avec les qualités mais surtout les défaut! Il vaut mieux se méfier des Hugo et des Malraux oO). Bref je suis une éponge à style.
    Au niveau de l’histoire par contre, l’influence est plus large: mangas, séries, mythes, tout y passe! Cela se sent dans le style aussi! Je cherche beaucoup à rendre l’effet manga dans mes livres. C’est difficile!
    En tout cas, chouette rubrique! Continue ^-^

    • Anaïs W. dit :

      Bonsoir et bienvenue sur mon site 🙂 Merci pour tous ces commentaires et tes retours 🙂
      C’est rigolo, je pense de plus en plus qu’il y a beaucoup de similitudes entre les auteurs et que c’est le ressenti qui change… Je suis comme toi, si je lis, je fais faire du mimétisme sur le style d’écriture, je vais en perdre le mien. L’histoire en tant que telle suit les lois de l’inspiration qui trouve sa source dans tout ce qui nous entour 🙂
      Contente que cette rubrique te plaise ! Merci de tes encouragements 🙂

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